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Des Ukrainiens racontent l’assaut russe : “Tout le monde quitte Kiev, c’est le bordel”

Dans les premières heures du 24 février, l’armée russe a lancé une attaque de grande ampleur contre l’Ukraine, après que le président Vladimir Poutine a menacé de “conséquences sans précédent” toutes les nations qui oseraient s’interposer. Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux documentent des frappes aériennes importantes ainsi que des mouvements de troupes russes au sol. L’équipe des Observateurs a pu échanger avec des résidents de Kharkiv, Bila Tserkva et Kiev qui racontent comment ils vivent cette invasion.

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Une vidéo postée sur Twitter le 24 février 2022 montre un missile frapper l’aéroport civilo-militaire d’Ivano-Frankivsk, dans l’ouest de l’Ukraine.

Dans les grandes villes du pays, comme ici à Kharkiv, des habitants se rendent dans les souterrains du métro pour s’abriter.

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Ces vidéos prises le 24 février 2022 montrent des habitants de Kharkiv chercher à s’abriter des bombardements dans les sous-sols du métro.

“Il y a eu une autre explosion juste avant notre appel” 

Ivan (son prénom a été modifié à sa demande) vit à Kharkov. Résidant dans le nord de la ville, il est à seulement 20 km de la frontière avec la Russie. Notre échange téléphonique avec lui a été ponctué de bruits d’explosions résonnant au loin : 

On entend des explosions depuis 5 h du matin. Ça s’était arrêté pendant quelques heures, mais nous en avons entendu d’autres juste avant votre appel. Dans les rues, la situation est plus ou moins calme. Il y a des files d’attente partout, les gens achètent tout ce qu’ils peuvent.

Pour l’instant, nous restons chez nous. Nous sommes juste sortis sur le porche pour respirer un peu, c’est impossible de rester enfermés. Il vient d’y avoir une autre explosion, à environ 5 km. On attend d’avoir des informations. S’il faut être évacués, il faudra qu’on trouve des gens pour venir nous chercher. On a rassemblé nos affaires, on se prépare.

Tout comme Ivan, d’autres résidents de villes ukrainiennes ont commencé à se préparer dès les premiers bombardements. À Kiev et ailleurs, des files d’attente interminables s’étendent devant les banques, les stations-service et les supermarchés.


Sur Twitter, ces images publiées le 24 février montrent les files d’attentes qui s’allongent devant les supermarchés, les banques et les pharmacies en Ukraine.

“Nous avons commencé par réunir nos passeports et un peu d’argent, puis nous nous sommes rendu compte que nous n’avions nulle part où aller”

Yulia Vernykivska, qui est actuellement à Bila Tserkva, en Ukraine, a elle aussi entendu des premières explosions tôt ce matin. Dans sa famille, on a immédiatement rassemblé ses affaires. 

Ma ville se trouve à 80 km de Kiev. Nous avons plusieurs aéroports et deux bases militaires ici. J’ai été réveillée à 5 h 30 ce matin par un ami qui m’a dit que la Russie attaquait l’Ukraine et, naturellement, j’étais sous le choc. Dix minutes plus tard, j’ai entendu les premières grosses explosions. J’ai allumé les infos et j’ai vu que la Russie avait bien commencé à envahir l’Ukraine.

Beaucoup de gens à Kiev sont effrayés et tentent de quitter la ville pour rejoindre l’ouest de l’Ukraine. Mais ils sont bloqués dans les banlieues de Kiev par de grands embouteillages. Je sais que dans certaines villes à l’est, par exemple à Kramatorsk (dans la région de Donetsk, ndlr), des habitants sont évacués par train pour rallier le centre de l’Ukraine.

“Il y a deux, trois, peut-être même quatre millions de personnes qui tentent de passer la frontière”

Jérémy de la Cruz est un ressortissant français vivant avec sa famille dans un village à environ 30 km de Kiev. Il s’est rendu à Kiev tôt ce matin et raconte l’exode de masse qu’il a vu lors de son trajet :

J’ai été réveillé à 5 h du matin par des explosions. J’ai ouvert la fenêtre puis j’en ai entendu deux énormes,  mes vitres ont tremblé. C’était l’explosion d’une base militaire. J’ai fait un aller-retour à Kiev pour aller chercher ma belle-famille et j’ai croisé des Français, quatre d’entre eux vont venir se réfugier chez moi.

À chaque station-service, je voyais 4 km de bouchons. Moi, j’étais sur une route déserte pour aller à Kiev. Par contre, dans l’autre sens, c’était des millions de véhicules collés les uns aux autres. La double voie est devenue une route à quatre voies. Les gens roulaient sur le terre-plein, sur l’herbe, sur la bande d’arrêt d’urgence. J’ai vu au moins 4 000 personnes marcher sur le bord de l’autoroute. Tout le monde quitte Kiev, c’est le bordel.


This video, posted on Twitter on February 24, 2022, shows long lines of cars blocked in a traffic jam on a highway leading out of Kyiv.

Malgré tout, Jérémy de la Cruz ne prévoit pas de fuir :

En ce moment il y a deux, trois, peut-être quatre millions de personnes qui veulent franchir la frontière. Qui me dit que je ne vais pas rester coincé dans des camps ou indéfiniment sur l’autoroute ? Je préfère prendre la température, voir comment ça se passe aux frontières, si c’est possible de les passer tranquillement… Nous déciderons de la suite en fonction de ces éléments.


Vidéo transmise par Jérèmy de la Cruz.

Une photo prise par notre observateur montre des personnes remballant leur voiture pour quitter Kiev.
Une photo prise par notre observateur montre des personnes remballant leur voiture pour quitter Kiev. © Jérèmy de la Cruz

“Nous avons commencé à rassembler nos passeports, notre argent, mais nous avons réalisé que nous n’avions nulle part où aller”

Le désordre qui règne dans certaines régions complique tous les déplacements. Pour Yulia Vernykivska, la fuite est impossible. D’autant plus qu’avec sa famille, elle refuse d’abandonner sa maison :

Il y a eu cinq grosses explosions. J’ai eu extrêmement peur,  je ne savais plus quoi faire. C’est un bruit impossible à décrire qui n’a rien à voir avec des feux d’artifice. Alors nous avons décidé de rassembler nos passeports et de l’argent, mais ensuite nous avons réalisé que nous n’avions nulle part où aller. Les gens sont paniqués.  Mais il sont aussi prêts à se battre et à résister. Ma famille et moi avons prévu de rester ici pour défendre notre maison. Nous n’avons nulle part où fuir et nous voulons rester pour notre patrie !

Les dirigeants occidentaux ont fermement condamné l’attaque contre l’Ukraine, parmi eux le président américain Joe Biden, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, le chef de l’Otan Jens Stoltenberg et le président français Emmanuel Macron.

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